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Sophia Antipolis: le W3C prépare les futurs standards des paiement sur le Web

A Sophia Antipolis, les équipes européennes du World Wide Web Consortium (W3C) coordonnent la partie technique de l’initiative lancée le 15 octobre dernier par l’organisme chargé de promouvoir la compatibilité des technologies sur le Net, pour intégrer plus facilement les paiements sur le Web.

Normaliser les paiements sur le web: des enjeux considérables pour l’e-commerce mondial

L’e-commerce devant atteindre un chiffre d’affaires de 1,471 billion de dollars en 2014, soit près de 20 % de plus qu’en 2013, il apparaît urgent de lutter contre la fraude, qui concerne 10 fois plus les transactions en ligne que celle en magasin, et de faciliter l’utilisation sur mobile, où le taux moyen d’abandon de panier  est de 97 %. Selon la GSMA, 264 millions de personnes dans le monde ont aujourd’hui des comptes sur mobiles, mais la vaste majorité de ces clients potentiels ne peuvent acheter sur le web faute d’interopérabilité. L’absence de standards, l’hétérogénéité des cadres réglementaires et des systèmes de paiements au niveau international limitent le déploiement des nouveaux moyens de paiements, et l’arrivée de nouveaux fournisseurs de systèmes de paiement.

Une opportunité pour l’industrie nécessitant une mobilisation de tous les acteurs

De nombreux acteurs internationaux – banques, réseaux de cartes de crédit, gouvernements, opérateurs de téléphonie mobile, fournisseurs de solutions de paiement, entreprises du Web, sociétés d’e-commerce et créateurs de contenus –  sont appelés à participer à ces travaux pour sécuriser les paiements en ligne, le règlement des factures récurrentes, les envois de fonds, ou encore pour étudier l’impact de la réglementation sur la technologie. Il s’agit aussi de créer de nouvelles opportunités pour les entreprises et les consommateurs, comme l’utilisation de coupons de réduction, la gestion des cartes de fidélité ou encore l’utilisation de cryptomonnaies.

Afin de mieux comprendre ces enjeux et intégrer les solutions au sein de sa plateforme Web ouverte, le W3C a mandaté un groupe d’intérêt sur les paiements Web, présidé par Erik Anderson (Bloomberg) et David Ezell (Association for Convenience & Fuel Retailing). Ce groupe d’intérêt se concentrera en premier lieu sur les porte-monnaie électroniques (ou « wallets »). Considéré comme ergonomique, relativement sûr et permettant de préserver la confidentialité, celui-ci ne bénéficie toutefois pas encore d’une interopérabilité satisfaisante, aucun standard n’ayant été unanimement adopté.

En Europe, tout a démarré avec l’atelier de travail W3C sur les paiements Web qui s’est déroulé en mars dernier à Paris. « Alors que l’arrivée des crypto-monnaies, bitcoins et autres déstabilisent les schémas traditionnels, nous sommes arrivés à un stade où les grands acteurs comme Visa, Google, Paypal estiment qu’il est temps de se mettre autour de la table »,expliquait Stéphane Boyera, responsable W3C de l’activité Paiements sur le Web à WebTimeMedias. « A Paris, se sont retrouvés également les grandes banques d’Europe et des autres continents, mais aussi des régulateurs comme la Réserve fédérale américaine, ou encore de grandes sociétés technologiques comme Gemalto ou Ingenico. »

Des chantiers sur l’interopérabilité et la sécurité, lliés au NFC et au HTML5, coordonnées à Sophia Antipolis

L’équipe européenne du W3C, basée à Sophia Antipolis, est  mobilisée pour assurer la coordination technique du dossier. L’initiative est en effet soutenue par le projet européen HTML5Apps, qui vise à combler le fossé entre les applications web et les applications natives, et menée sous pilotage de l’ERCIM (the European Research Consortium for Informatics and Mathematics), qui constitue le pilier européen du W3C, hébergé par INRIA.

Stéphane Boyera vient d’animer à Lille, le 26 novembre, une session « web payments » lors de la rencontre Inria Industrie sur les « Technologies du Web ». Il décrypte les challenges spécifiques à relever:

  • les porte-monnaies électroniques: « Depuis plusieurs années a émergé le concept du porte-monnaie électronique, outil unique pour payer a la fois en magasin et sur le Web, dans lequel on stocke tout ses moyens de paiements, voire d’autres choses comme des coupons de réduction et des cartes de fidélité. Le premier a mettre en oeuvre ce concept a été Paypal, le le dernier’né qui a fait beaucoup de bruit en septembre dernier est Apple Pay, et il y a une ribambelle de compétiteurs dont Google, Amazon, etc. Aujourd’hui tout ces acteurs réalisent que l’adoption au niveau utilisateur est très faible du fait du manque d’interopérabilité. Vous ne pouvez payer qu’a seulement quelques endroits avec un portefeuille particulier, et ce même si le marchand supporte des moyens de paiements qui sont dans votre portefeuille, comme votr carte Visa. Tout en se livrant a une compétition féroce, l’ensemble des acteurs sont aujourd’hui convaincus qu’ils doivent travailler ensemble pour développer le nombre d ‘utilisateurs et l’adoption. Le passage par une couche de standardisation qui assurera l’interopérabilité est quasi-obligatoire, et c’est ce a quoi nous nous intéressons.«
  • La sécurité: « tous les acteurs  sont aujourd’hui convaincus que le mode de transaction basé sur l’échange des données de cartes de crédit sur le web est totalement inapproprié. Le groupe de travail s’intéresse donc à ce sujet en regardant notamment les paiement à base de jeton a usage unique (token-based payment en anglais), qu’utilise Apple pay par exemple, et les paiements poussés par l’utilsateur (en anglais push-based payment) utilisé par Paypal par exemple – ce n’est plus le marchand qui fait une requête à votre banque, c’est vous qui indiquez a votre banque de payer un marchand donné pour un montant donné. L’authentification de l’utilisateur est aussi un vrai problème: l’utilisation des logins et mot de passes est insuffisante pour des transactions financières et on s’intéressera a des solutions d’authentification plus fortes de type biometrie, cryptage et certificat etc. »

Des discussions se poursuivront au sein du W3C à différents niveaux :

  • Les récents ateliers de travail du W3C sur la cryptographie, l’authentification, les jetons matériels et les paiements Web.
  • Les groupes de travail sur la cryptographie Web et sur la communication en champ proche (Near Field Communications – NFC).
  • Le groupe communautaire sur les paiements Web, un forum communautaire de discussion sur les pré-standards.

En parallèle, la Commission européenne, qui finance le projet, discute actuellement de nouvelles réglementations sur notamment l’ouverture du marché des e-paiements, les droits et obligations des différents fournisseurs de services, etc.

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